II

[Alors il commença à travailler à la gravière, et il y eut ce nouveau travail dans les gravières, parmi tous les autres travaux.] Il faut les faire se lever à présent, avec leurs étages, et les hommes par groupes de deux ou de trois sur chaque étage, mais lui seul sur le sien, c'est-à-dire celui de tout en haut. Et là ce travail qui se voit parmi ceux du dedans, ceux qui ne se voient pas; jetant le sable contre le crible; et les autres de même, d'étage en étage, et de crible en crible, [et le temps qui va.]
Chaque matin pourtant, vers les 10 heures, la guirlande de bras cessait de se balancer; les hommes prenaient place sur les gradins pour un moment, avec l'occupation de faire bouger leurs mâchoires ou lever le verre à la bouche, parce qu'il y en avait qui apportaient à boire. C'était le temps que venait le paysage; ils le soulevaient lentement à eux, ils le mâchaient, avec leur fromage
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et leur pain.
Un pan de lac était comme un mur de vigne; il vient à vous, il [était] retombé. La rivière était blanche et large, et était une large rivière de pierres blanches, avec un mince filet d'eau de couleur brune, transparent comme du café pas fort; ils soulevaient encore ça péniblement, les hommes mâchant les choses en même temps que le pain gagné[.]
Et une phrase est dite par moment peut-être, une phrase [est peut-être] répondue, un morceau de phrase vient de nouveau; un morceau de phrase monte encore, monte jusqu'à vous, puis tout se tait[,] tout se tient immobile; puis plus rien.
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[Et il y avait seulement un petit vieux, nommé Larpin, qu'on voyait d'en haut continuer d'aller en compagnie du wagonnet.]
On le voyait d'en haut, c'était au pied de la gravière; là étaient ces deux rails luisants, le wagonnet roulait dessus, tiré à petits pas par un vieux cheval maigre; et Larpin marchait à côté, petit, voûté, les cheveux gris, un foulard, une veste noire; les autres disant de lui qu'il était remonté parce qu'en effet, une fois parti, il semblait ne plus pouvoir s'arrêter[.]
Et tous les jours ainsi un moment encore il allait, depuis longtemps qu'il ne semblait pas y penser. Et c'était chaque jour ainsi,
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jusqu'à ce qu'une grande fille à robe de toile bleue parût comme elle faisait régulièrement, vers ces heures-là, avec un panier. C'était la fille de Larpin et elle s'appelait Georgette.
Alors l'habitude était prise de l'attendre chaque matin.
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Les hommes déjà assis par groupes sur leurs étages[,] et Dubouloz, lui, seul sur son étage à lui[.] Tout à coup elle était là-bas, qui venait descendant la route, et un des hommes: [«] Voilà Georgette [»,] et puis l'homme la montrait, tous se tournaient vers elle, et lui s'était également tourné vers elle; - alors qu'est-ce qu'il y avait à présent que l'air rebrillait pareillement?
Elle, qui s'était mise à venir chaque jour, qu'on voyait qui venait avec sa jupe qui bougeait comme quand il souffle un grand vent, tête nue et des cheveux noirs qui frisaient en haut d'un front brun, et toute la figure brune, grande, forte, souple, un panier au bras, - qui venait, puis elle était là; alors il lui semblait, à lui, voir rebriller soudain le monde, et les choses partout pour un moment, tandis qu'elle attendait: [après quoi elles] repartaient de partout parmi l'air comme des ballons qu'on vient de lâcher[.] C'est comme ça puis Larpin arrivait.
Pendant qu'elle venait encore, et puis enfin elle était [là.]
On voyait alors le père Larpin donner encore un coup d'épaule au wagonnet
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qui basculait, puis il venait s'asseoir au revers d'un talus. [Ayant ôté le linge qui couvrait le panier, elle en tirait du fromage et du pain. Et elle, elle se mettait à parler; elle lui parlait, lui d'ordinaire, ne disait rien. Elle était debout devant lui. Il tenait ses mains sur ses cuisses; dans la droite était son couteau; elle allait par moment à l'autre, faisait quelque chose, revenait; puis il la levait à sa bouche.]
Puis il avait fini; alors elle s'en allait.
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Elle vous tourna le dos, elle regagna la route, elle fut reprise.
L'herbe pétille et étincelle autour d'elle avec ses grillons et ses sauterelles comme un joli feu de sapin; elle regardait encore une ou deux fois par-dessus son épaule; elle repartait, elle s'en allait, elle s'éloignait.
La pente qui était là mordait le bas de sa personne, puis montait le long de ses jambes; elle était peu à peu reprise par cette ligne qu'il y avait.
Ça brillait tellement, ça ne brille plus autant, ça ne brille plus du tout.
Et plus rien, et à présent de nouveau, qu'une voix au-dessous de vous, et la voix:
- Est-ce qu'on y va?...
Et durement alors ramener son coude au genou, durement ployer le dos. C'est quand on crible le sable. De nouveau, cette guirlande de bras était jetée en travers des étages.
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Les bras prennent le sable avec la pelle sur un des étages pour le faire descendre à celui d'en dessous et ainsi de suite. Ça pend de crible en crible. Durement appuyer le coude sur le genou; et faire un effort avec tout le dos. Il appuyait le coude sur son genou. On entendait un claquement, ensuite un bruit comme celui d'une grosse averse. Il sentait une goutte lui couler le long du nez et elle lui pendait au bout du nez avant de tomber, tombant sur sa main ou sur son pantalon.
[16 r.]
[16 v.]
Et c'est ainsi que ça alla. Et puis il y eut ce jour-là[.] Comme toujours, Dubouloz regardait; étant seulement occupé maintenant, quand elle était là, de la regarder; - et dès que le père Larpin aperçut sa fille ce jour-là[, on le vit qui] se reculait, il avait empoigné le manche de son fouet par le petit bout.
Elle continuait pourtant à sourire, elle dut lui dire quelque chose, premièrement il se calma; même il s'assit, même il commença à manger; ce fut un peu plus tard seulement, et comme elle continuait à lui parler et elle parlait plus que jamais: tout à coup il se leva, on l'entendit crier: «Va t'en!» Il lança son pain loin de lui, il donna un grand coup de pied dans le panier...
On s'était mis à rire à l'étage au-dessous de celui sur lequel Dubouloz se tenait; on disait: «Il devient fou!» [;] on disait: «Rien d'étonnant!»; et il y eut de nouveau là une conversation qui dura, mais lui n'écoutait plus étant demeuré attaché à elle, et il ramassait le pain avec elle, il remettait le pain avec elle dans le panier; et il s'en allait avec elle...
Ah! s'il avait pu véritablement la suivre, parce qu'il se disait: «A présent, est-ce qu'elle reviendra?»
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